Un siècle de cinéma à Genève

De la première projection de l’Exposition nationale, en 1896, à l’ouverture du Blue Cinema, en 2025 : un siècle de salles, de quartiers et d’écrans dans la ville et le canton.

Cette chronologie court de l’Exposition nationale de 1896 à l’ouverture du Blue Cinema, en septembre 2025. Elle s’appuie sur les dictionnaires historiques, la presse et les archives listées en bas de page. Pour quelques salles disparues, les sources divergent d’un mois ou d’une année : l’écart est signalé quand il existe.

1896

L’Exposition nationale révèle le cinématographe

Ouverte le 1er mai 1896, l’Exposition nationale suisse de Genève accueille le cinématographe Lumière au Palais des fées, dans le parc de Plaisance. Le concessionnaire pour la Suisse, Lavanchy-Clarke, y installe l’opérateur Jean Villemagne dès le 26 avril : le Journal de Genève du 8 mai décrit ces « photographies animées, grandeur nature ». La même année, des opérateurs Lumière tournent des vues à Genève, dont un cortège défilant devant la salle de projection. Premier lieu genevois voué au cinéma, l’Alpineum ouvre en octobre dans l’ancien diorama de l’avenue du Mail ; il ferme dès 1899.

1907

La première salle fixe

Jusqu’en 1907, les projections genevoises relèvent des forains, qui posent leur projecteur dans des salles de spectacle. Cette année-là ouvre la première salle fixe : le Cinébref, au 11 de la rue du Marché, d’abord nommé Royal Biograph. En septembre 1909, l’Apollo-Théâtre s’installe dans les locaux de l’ancien Cirque Rancy, à l’origine du nom de la place du Cirque. Devenue Panorama, la salle cède la place en 1957 au Paris, puis au Manhattan, qui ferme en janvier 1988 ; la salle redessinée par l’architecte Marc Saugey reste aujourd’hui l’Auditorium Fondation Arditi.

1912

Genève se couvre d’écrans

L’année 1912 voit naître plusieurs adresses durables. L’Excelsior ouvre à la Corraterie en avril et projette encore sous l’enseigne Ciné 17 ; le Central, né le 16 mars rue Chantepoulet sous l’égide d’un forain, tient jusqu’à la fin 2011. À Rive, le Trianon Lyrique devient l’American Ciné dès 1914 et ferme en janvier 1985. Le 14 novembre 1912, le City ouvre place des Eaux-Vives et ne refermera jamais. Le Cinéma Palace, futur Rex, s’ajoute en 1913 sur l’emplacement de l’actuel Confédération Centre.

1920

L’Alhambra, la plus grande salle de Suisse

Appelée d’abord Omnia, l’Alhambra ouvre le 8 janvier 1920 : 1 400 places, la plus grande salle de Suisse à sa naissance, pensée pour le théâtre comme pour le film. L’architecte Paul Perrin la dessine ; elle est aussi la première du pays équipée pour les films sonores et parlants, dès 1928. Après plus de 80 ans d’exploitation, elle ferme le 1er mars 2001. Le bâtiment vit encore : salle de spectacle, il accueille aujourd’hui des projections, dont celles du festival d’animation Animatou.

1925

L’âge d’or des salles du centre

Lancée en 1925 sous le nom l’Étoile, la salle de la rue du Rhône devient l’Hollywood puis le Capitole ; fermée le 7 août 2006, elle cède la place au premier Apple Store genevois. En mars 1932, le Rialto ouvre 1 351 fauteuils répartis en sept salles : le plus grand cinéma de Genève à son époque. Le complexe ferme le 10 janvier 2016.

1948

La Cinémathèque suisse entre dans la partie

L’association est constituée à Lausanne le 3 novembre 1948, sous la direction de Claude Emery, puis confiée dès 1951 à Freddy Buache, qui la dirige pendant 45 ans. Dès l’origine, elle fournit des copies rares aux ciné-clubs de Suisse romande : à Genève, le Ciné-Club universitaire, fondé en 1951 par Claude Goretta avec Alain Tanner et Jean Mohr, en tire ses plus belles séances, et fête ses 75 ans en 2026. Les collections nationales rejoignent à partir de 1992 le centre d’archivage de Penthaz ; la FIAF compte la Cinémathèque suisse parmi les dix institutions du genre les plus importantes du monde.

1951

Les cinémas de quartier à l’apogée

Chaque commune et chaque quartier du canton a sa salle à cette époque. À la Servette, le Nord-Sud, construit en 1951, est rénové et relancé en août 2019. Rue des Alpes, le Star ouvre en 1957 ; ses trois salles, reprises sous le nom les Classic, sont démolies en avril 1986 pour laisser la place au centre commercial des Cygnes. À Meyrin, le Cosmos propose deux salles, le Grand Cinéma puis le Rio, jusqu’au 21 septembre 2004. À Carouge, le Carouge-Cinéma, bâti en 1928 par Paul Perrin, devient le Vox en 1952 puis le Bio en 1972.

1972

L’art et essai s’organise au Grütli

Claude Richardet et François Roulet fondent en 1972 le Centre d’Animation Cinématographique dans l’ancien cinéma Roxy de la rue Voltaire. Le premier programme, un hommage à Michel Simon, assure le succès de l’entreprise et lui apporte les premières subventions de l’État et de la Ville. En 1977, le C.A.C. déménage sous la Maison des arts du Grütli, place du Cirque, et devient les Cinémas du Grütli. Rui Nogueira dirige les lieux pendant 33 ans ; la Fondation des Cinémas du Grütli relève l’affaire en 2011. Le bilan de cinquante ans d’activité : près de 3 millions de spectateurs, plus de 250 000 films projetés.

1995

Les festivals prennent leurs habitudes

Premier rendez-vous annuel genevois, Black Movie naît en 1991, dédié aux cinémas d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, et tient toujours sa place fin janvier. En 1995, le producteur Léo Kaneman fonde Cinéma Tout Écran, rebaptisé Tous Écrans puis Geneva International Film Festival (GIFF) en 2017 ; le festival compte parmi les premiers au monde à intégrer la télévision dans sa programmation. Le même Kaneman fonde le FIFDH en 2002, dont la première édition se tient en mars 2003 ; Animatou, le rendez-vous de l’animation, naît en 2006.

1999

Balexert, le premier multiplex du canton

Ouvert en novembre 1999 sous le nom Ciné Village Balexert, le complexe du centre commercial de Vernier aligne treize salles : le premier multiplex du canton et le plus grand multiplexe du pays à sa naissance. Le groupe Pathé en reprend l’exploitation en 2000. La salle de Balexert reste en 2026 la plus grande adresse de cinéma du canton.

2001

L’ère des fermetures en série

Le compteur des disparitions s’emballe au début des années 2000. L’Alhambra ferme le 1er mars 2001 ; les Arcades, héritières de l’ABC, cessent l’activité en janvier 2003 après un incendie en décembre 1995. Le Bio de Carouge, fermé en 2003, doit sa survie au vote des Carougeois du 18 avril 2004 : 56,37 % de oui pour racheter le bâtiment, pour 1,72 million de francs. L’Hollywood ferme le 7 août 2006, le Rialto le 10 janvier 2016, les trois Rex du Confédération Centre le 6 mars 2018. Dans le même temps, l’Arena ouvre neuf salles au centre commercial de La Praille, au début de l’été 2014.

2025

Blue Cinema rend le centre-ville aux écrans

Sept ans après la fermeture des Rex, l’exploitant zurichois blue Cinema, propriété de Swisscom, ouvre en septembre 2025 six salles dans les sous-sols du Confédération Centre : sa première implantation en Suisse romande. Le complexe de la rue de la Confédération 8, doté d’un bar et de fauteuils premium, complète le trio des multiplexes du canton, entre Balexert à l’ouest et La Praille au sud.

En 2026, l’état des lieux

Le canton vit aujourd’hui sur deux multiplexes de périphérie, un complexe du centre-ville et une dizaine d’adresses indépendantes. À Vernier, le Pathé Balexert reste le plus grand complexe ; à Grand-Lancy, l’Arena Cinemas de La Praille aligne neuf écrans, dont des salles 3D et 4DX ; au centre, Blue Cinema a pris la suite des Rex. Les indépendantes défendent la version originale et le répertoire : les Cinémas du Grütli, le Bio de Carouge, les Scala et le City aux Eaux-Vives, le Nord-Sud à la Servette, le Ciné 17 à la Corraterie, le Cinerama Empire à Plainpalais et le Cinélux à Saint-Georges. La saison est rythmée par une demi-douzaine de manifestations, de Black Movie en janvier au GIFF en novembre : les dates se lisent dans l’agenda des festivals et des événements, le parc actuel se détaille dans l’annuaire des salles.

Les dates de cette chronologie sont celles publiées dans les sources consultées en bas de page. Pour quelques salles disparues, les archives divergent d’un mois ou d’une année et la date exacte reste discutée. Pour la période 1896-1917, la référence est l’ouvrage de Consuelo Frauenfelder, « Le cinéma des attractions à Genève (1896-1917) », Presses d’histoire suisse, 2005.

Sources consultées

Pages ouvertes pour établir cette chronologie (lecture du 24 septembre 2026) :