Remboursement, ordonnance et tarifs

Ce que la LAMal paie vraiment pour une séance de physiothérapie à Genève, où sont les plafonds, et ce qui change d’un canton à l’autre.

Règles lues aux sources officielles et professionnelles le 21 septembre 2026. Le montant genevois est lu sur une page officielle ; la comparaison avec un autre canton est calculée à partir de la valeur du point. Un contrat d’assurance prime toujours sur une page web : vérifiez le vôtre.

L’ordonnance et les neuf séances

Règle centrale : depuis le 1er janvier 2018, une séance de physiothérapie n’est remboursée par l’assurance de base que sur ordonnance médicale. Sans papier du médecin, c’est votre complémentaire ou votre portefeuille.

Peuvent prescrire : les médecins de toutes spécialités, y compris votre médecin de famille, mais aussi les dentistes et les chiropraticiens. Une ordonnance couvre neuf séances au maximum, et la première doit avoir lieu dans les cinq semaines qui suivent la signature du médecin (art. 5 al. 2 OPAS). Passé ce délai, l’ordonnance est morte et il faut revoir le médecin.

Deux points que les patients découvrent presque toujours en caisse : vous restez libre de choisir votre cabinet, l’ordonnance n’attache à personne ; et c’est le physiothérapeute qui facture directement à votre assurance, pas votre médecin. Vous n’avancez l’argent que si vous n’avez pas encore atteint votre franchise.

Il n’y a pas de limite annuelle de séances, et aucun quota par diagnostic. Un assureur ne peut pas non plus restreindre d’avance les trente-six premières séances. La seule limite journalière autorisée est claire : deux séances par jour maximum, si elles sont explicitement prescrites comme telles, et à deux moments distincts de la journée (remarque liminaire 2 de la structure tarifaire fédérale).

Notre lecture de ces règles : le système est plus favorable au patient qu’on ne le croit. Neuf séances, c’est court pour une lombalgie chronique et largement suffisant pour une entorse. Là où ça se joue, c’est sur la qualité de l’exercice qu’on vous donne à faire entre les séances, pas sur le nombre.

Depuis le 1er juillet 2026, la prévention des chutes est une prestation inscrite à l’OPAS (art. 5 al. 1d) et donc facturable à la LAMal. Prestation neuve : peu de cabinets la mentionnent encore sur leur site.

Le mur des trente-six séances

Au-delà de quatre ordonnances, soit trente-six séances, vous entrez dans ce que l’ordonnance appelle le traitement de longue durée (art. 5 al. 4 OPAS). La procédure change de nature : ce n’est plus votre caisse qui compte les séances, c’est votre médecin qui doit adresser un rapport au médecin-conseil de l’assurance, et l’assureur doit donner un accord exprès pour la suite.

C’est le point où les litiges se concentrent. Trois réflexes utiles.

  1. Ne découvrez pas le seuil en arrivant à la trente-sixième séance. Demandez au cabinet, vers la trentième, ce qu’il faut préparer avec votre médecin.
  2. Le rapport est médical : il revient au médecin qui vous suit de l’écrire, pas au physiothérapeute. Un cabinet sérieux vous le dira et vous remettra un compte rendu de séances.
  3. Un refus de l’assureur doit être motivé par écrit. Un refus motivé se conteste ; un décompte qui tranche sans explication ne se discute pas, il se réclame.

Franchise et quote-part

C’est la question la plus fréquente et nous ne l’avons pas trouvée traitée de façon convaincante dans les documents officiels que nous avons pu lire. Ce que nous avons lu, en revanche, sur la page « Prise en charge » du réseau Physio Clinics : « La franchise annuelle et la quote-part de 10 % s’appliquent ».

Cette affirmation vient d’un prestataire, pas d’un office fédéral. Elle est cohérente avec le fait que la physiothérapie sur ordonnance est une prestation de base au sens de la LAMal, donc normalement soumise à franchise et quote-part. Autrement dit : les 51.35 CHF d’une séance genevoise ne vous coûtent rien si votre franchise est déjà épuisée, et jusqu’à 5.15 CHF si elle ne l’est pas.

Vérifiez votre franchise annuelle avant de comparer deux cabinets. À deux séances par semaine pendant trois mois, la franchise est atteinte dès le premier mois et la question du tarif devient secondaire.

Le prix d’une séance à Genève

Le tarif à charge de la LAMal n’est pas libre : c’est une structure tarifaire fédérale uniforme, le code 312, en vigueur depuis le 1er janvier 2018 et fixée par le Conseil fédéral après son intervention de 2017. Les prestations sont des forfaits par séance : la durée réelle n’y change rien, ce qui explique qu’en pratique une séance dure environ trente minutes dans la plupart des cabinets.

Ce qui change d’un canton à l’autre, c’est la valeur du point. Elle est négociée cantonalement, et à défaut d’accord elle est fixée par le DFI. À Genève, une physiothérapie générale (position 7301, 48 points) est facturée au tarif suivant.

Genève : valeur du point 1.07 · séance 7301 (48 points) 51.35 CHF, montant officiel genevois.

C’est la valeur du point la plus haute des six cantons romands : la même séance est facturée 45.60 CHF dans le Jura (48 × 0.95, montant calculé).

Valeurs du point : liste Physioswiss au 9 mars 2026. Seul le montant genevois de 51.35 CHF est lu sur une page officielle ; celui du Jura est calculé. Des procédures de fixation sont en cours dans tous les cantons : ce montant est daté par nature. Positions voisines : 7311 physiothérapie complexe et 7313 hippothérapie, 77 points ; 7330 traitement de groupe, 25 points ; suppléments 7350 à 7354.

À retenir

Comparer les cabinets sur le prix ne sert à rien

Tant que le cabinet est admis à charge de la LAMal, il facture le forfait fédéral. Un cabinet genevois qui annonce 80 CHF les trente minutes pratique un tarif privé, ou facture une prestation hors LAMal.

La nuance

Sauf si vous n’avez pas d’ordonnance

Hors LAMal, les tarifs redeviennent libres et les écarts deviennent réels : nous avons relevé 60 CHF la demi-heure chez Physio Clinics, 72 CHF chez Hirslanden La Colline et 80 CHF à Onex, pour la même durée.

La réforme tarifaire qui arrive

Un nouveau tarif national a été négocié entre Physioswiss, H+, Santésuisse et Curafutura. Il est en main du Conseil fédéral depuis le 2 avril 2026, l’approbation de l’OFSP demande au moins six mois, et une entrée en vigueur n’est pas attendue avant le 1er janvier 2027. Sa logique change tout : plus de forfait par séance, mais une facturation par tranches de cinq minutes, l’ensemble devant rester « neutre en coûts » au sens de l’art. 59c OAMal. La valeur du point fera l’objet d’une négociation séparée.

La branche n’en veut pas, et le conflit est public. En juin 2026, la durée de référence de trente minutes passerait de 48 à 44 points, alors que les physiothérapeutes revendiquent 140 CHF de l’heure. L’enquête de Physioswiss publiée le 3 novembre 2025 (1’112 répondants) donnait déjà 64,9 % des professionnels jugeant la profession peu attractive et 69,5 % estimant qu’on ne forme pas assez. Le 2 novembre 2023, environ 450 physiothérapeutes romands ont manifesté à Lausanne contre le passage de trente à vingt minutes.

Pour un patient, l’effet est difficile à prévoir. Passer au paiement à la minute peut allonger les séances facturées comme les raccourcir. Ce qui est sûr, c’est que le débat ne se déroulera pas dans votre intérêt explicite : surveillez la durée réelle de vos séances à partir de 2027.

Accident, AI, militaire

Si la douleur vient d’un accident, ce n’est plus la LAMal qui paie mais l’assurance accidents (LAA), l’assurance invalidité, l’assurance militaire ou l’assurance perte de gain. Ces assurances ont leur propre structure tarifaire depuis le 1er juillet 2025, avec une valeur du point unifiée à 1.00 CHF sur tout le territoire. La même séance y coûte donc le même prix à Genève que dans le reste du pays, ce qui met fin, pour ce périmètre, à l’inégalité cantonale.

Autre nouveauté côté LAMal : depuis le 1er janvier 2026, plus aucune convention ne lie les physiothérapeutes à santéservices (l’ex-tarifsuisse). Ce sont des tarifs cantonaux provisoires qui s’appliquent, sans que le praticien ait à y adhérer. Beaucoup de sites de cabinets n’ont pas encore mis à jour leur page tarifs.

Accès direct : ce qui coince

La Suisse est l’un des rares pays d’Europe occidentale où un physiothérapeute ne peut pas recevoir quelqu’un sans papier médical. La confusion vient d’un mot : indépendant. Dans la loi fédérale sur les professions de la santé, pratiquer sous sa propre responsabilité professionnelle veut dire qu’on n’est pas supervisé par un médecin, pas qu’on n’a pas besoin d’une ordonnance pour être remboursé.

Physioswiss milite pour l’accès direct et a annoncé le 20 août 2026 un projet pilote destiné à le documenter, avec mesure des délais d’attente à l’appui. Un postulat déposé en mars 2026 charge le Conseil fédéral d’examiner la question. Les partisans de la réforme s’appuient sur un modèle zurichois (Université de Lucerne) chiffrant l’économie potentielle entre 144 et 156 millions de francs par an pour les seules lombalgies, et entre 18 et 19,5 millions pour les problèmes de genou.

Ces montants viennent d’une étude, pas d’un comptable fédéral : à prendre comme un ordre de grandeur. L’argument qui nous semble le plus solide n’est pas financier mais temporel. Pour une cheville tournée le lundi, attendre une consultation médicale pour obtenir le droit d’aller voir celui qui traite les chevilles tournées est une absurdité administrative. Le diagnostic qui justifie l’exception, un déficit neurologique ou une douleur atypique, est précisément celui qu’un physiothérapeute formé au bachelor est censé dépister.

Ce que paient les complémentaires

Beaucoup de visiteurs cherchent ici un pourcentage et un plafond annuels. Nous n’avons trouvé aucune source fiable permettant d’écrire « la plupart des complémentaires remboursent 90 % jusqu’à 1’500 CHF », et nous préférons l’écrire plutôt que de le recopier d’un comparateur.

Ce que nous avons pu lire, sur un exemple réel : la complémentaire « médecine complémentaire » de la KPT couvre l’acupuncture, la médecine anthroposophique, l’homéopathie, la phytothérapie et la médecine traditionnelle chinoise, mais uniquement pratiquées par un médecin titulaire d’un certificat de capacité. La physiothérapie prescrite, elle, relève déjà des tarifs reconnus à charge de la LAMal : la complémentaire intervient surtout sur la franchise, sur les séances sans ordonnance et sur les approches que la base n’admet pas.

La seule méthode qui fonctionne est donc contractuelle : votre police, ou l’attestation de prestation de votre caisse, avec le montant annuel et le pourcentage écrits dessus. Tout le reste est de la publicité.

Vérifier qu’un praticien a le droit d’exercer

Le registre fédéral est public. gesreg.admin.ch permet de chercher une personne par profession, par canton et par statut d’autorisation ; il est accessible depuis le 1er février 2022. Ne cherchez pas du côté de MedReg, réservé aux professions médicales, ni de list.ch, qui est une société informatique et non un registre.

  1. Cherchez le nom du praticien, pas seulement le nom du cabinet : c’est la personne qui détient l’autorisation.
  2. Vérifiez le canton et le type d’autorisation. À Genève, l’autorisation de pratiquer et l’admission à charge AOS sont deux démarches distinctes depuis le 1er janvier 2022 : on peut avoir l’une sans l’autre.
  3. Conservez la référence. En cas de litige avec une caisse sur une séance remboursée, c’est ce statut qu’elle regarde.

Les deux démarches se demandent séparément auprès de l’Office cantonal de la santé. Pour un praticien qui arrive d’un autre canton, la seconde est celle qui détermine si ses séances seront remboursées. La procédure est décrite sur le site de l’État de Genève (lien dans les sources, en bas de page).

Quelques chiffres suisses

23’728
personnes formées en physiothérapie en Suisse (NAREG 2020), dont 51,8 % avec un diplôme suisse
61,5 %
des physiothérapeutes exercent à titre indépendant (2019)
2 sur 3
exercent en cabinet, le troisième tiers à l’hôpital (2019)
3,5 %
des coûts de santé suisses, part de la physiothérapie

Source : Obsan, « Personnel de santé en Suisse – Rapport national 2021 » ; Physioswiss, fiche d’information état novembre 2023. Les données d’effectifs les plus récentes que nous ayons trouvées couvrent 2016-2020, et aucun chiffre fiable par canton n’est publié.

Votre situation, en une réponse

Ce que nous n’avons pas pu vérifier. L’application de la franchise et de la quote-part aux séances facturées par le physiothérapeute n’apparaît dans aucun document officiel que nous ayons lu : nous ne la présentons pas comme une règle confirmée. Le montant du Jura cité plus haut est calculé. Les tarifs cantonaux font l’objet de procédures de fixation en cours. Les chiffres d’effectifs datent de 2016-2020. Rien ici ne remplace votre police d’assurance.

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Sources