Il n’existe qu’un seul cursus
Cette précision mérite d’être écrite noir sur blanc, parce que deux idées reçues circulent. La première vient de l’infirmière : seuls les soins infirmiers ont une voie école supérieure alternative dans la loi, et ce qui vaut pour les infirmiers ne vaut pas pour les physiothérapeutes. La deuxième vient de France, où le diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute se prépare en institut de formation en soins infirmiers ; la Suisse n’a pas d’équivalent.
Reste le cas genevois historique : « praticien en physiothérapie A » et « praticien en physiothérapie B » ont été créés par la loi du 11 décembre 1926. Ce sont des titres du siècle dernier, pas des formations ouvertes aujourd’hui. Un site qui s’en réclame sans dire depuis quand son praticien est diplômé mérite un coup de téléphone.
La formation a basculé dans les hautes écoles spécialisées en 2006, avec les premiers diplômes HES. Avant cela, il y avait quatre élèves par volée maximum à Genève en 1936. L’histoire complète est ici.
L’école genevoise
L’école délivre le Bachelor of Science HES-SO, 3 ans et 180 crédits. Le plan d’études cadre romand, dit PEC22, est commun à tous les sites de la HES-SO.
Genève — HEdS
Site des Caroubiers, enseignement en français. L’école se présente comme la plus grande école de santé de Suisse romande, héritière de la première volée genevoise de novembre 1936.
Page de la filière →Ce que ça coûte
| Établissement | Taxe d’inscription | Taxes d’études / semestre |
|---|---|---|
| HES-SO (résident) | 150 CHF | 700 CHF |
| HES-SO (non-résident) | 150 CHF | 1’050 CHF |
Taxes d’études HES-SO applicables dès l’automne 2025. Sur trois ans, la différence entre résident et non-résident dépasse 2’100 CHF. Vérifiez auprès de l’école : ces tarifs sont réévalués.
Le budget réel d’un étudiant n’est pas là. Trente-quatre semaines de pratique à Genève, cela veut dire un logement souvent à reprendre, et des stages non rémunérés ou peu rémunérés selon le lieu. C’est le poste que personne ne publie, et celui qui décide en pratique si la formation reste accessible hors des villes.
La sélection passe par les stages
Une filière dite régulée, comme celle de Lausanne, admet autant d’étudiants que les terrains de stage peuvent en absorber, pas autant que de dossiers reçus. Autrement dit, la contrainte n’est pas pédagogique mais économique, et elle dépend de cabinets privés qui acceptent d’encadrer. Nous n’avons pas trouvé le mode de sélection exact de la HEdS : les conditions d’admission publiées par l’école font foi.
Les filières romandes attirent environ 650 candidatures par an pour un besoin national que les écoles ne couvrent qu’à moitié. Nous n’avons pas trouvé de chiffres officiels de taux de sélection par école : les candidats doivent se fier aux critères publiés par chaque haute école.
Ce déséquilibre a une conséquence visible. Une école qui ouvre ou qui double sa capacité n’augmente pas seulement le nombre de diplômes : elle crée les places d’encadrement qui rendent la promotion suivante possible.
Spécialisations et formation continue
Le socle : six jours par an
La formation continue n’est pas optionnelle. Depuis la LPSan, elle est une obligation légale (art. 16 al. b), et Physioswiss la détaille : au moins six jours par an, un jour valant six heures, appréciée en moyenne sur trois ans, avec justificatifs conservés trois ans.
Les spécialités cliniques
Un point à connaître avant de choisir un cabinet : le titre de « Spécialiste clinique Physioswiss », protégé et délivré dans six domaines, n’est plus décerné depuis le 31 mai 2022. Ce sont désormais les groupes de spécialité reconnus par la faîtière qui portent les qualifications. Les principaux :
Liste des groupes reconnus, lecture sur la page Physioswiss des groupes spécialisés. Un cabinet qui affiche « spécialiste SPZ » ou « BMU » renvoie à l’ancien titre : renseignez-vous sur la date d’obtention.
Le master
Un Master of Science en physiothérapie (90 crédits) est dispensé en Suisse par la Haute école spécialisée bernoise, la HES-SO et la ZHAW. La HES-SO propose aussi un Master of Science en Sciences de la santé à orientation physiothérapie avec l’UNIL. C’est la voie de la recherche, de l’enseignement et des fonctions cadres, pas une condition pour mieux soigner une épaule.
Un marché qui manque de monde
Les écoles ne suivent pas la demande
Les filières HES ne forment qu’environ 50 % des besoins nationaux, pour quelque 650 candidatures par an. Les effectifs ont pourtant crû : environ 18’000 praticiens reconnus en activité en 2020, soit +36 % en sept ans.
Le salaire fait partir les vocations
Enquête Physioswiss du 3 novembre 2025, 1’112 répondants : 64,9 % jugent la profession peu attractive et 69,5 % estiment qu’on ne forme pas assez, avec les salaires comme première cause. Repère : environ 68 CHF de chiffre d’affaires à l’heure, une valeur du point en hausse de 8,5 % en vingt ans contre des coûts d’exploitation en hausse de 25 %.
Pour un étudiant, la lecture est plutôt bonne : un diplôme suisse, reconnu dans tout le pays et en Europe francophone, avec un marché qui manque de bras et un accès à la pratique indépendante après deux ans comme salarié. Pour un patient, elle l’est moins. Le manque de personnel explique en grande partie les délais qu’aucune statistique officielle ne mesure, et que nous expliquons ici.
Nous ne connaissons qu’une réponse sérieuse à cette tension, et elle n’est pas dans les salaires : former plus de places de stage.
Vous encadrez des stagiaires ?
Le nombre de places de stage détermine le nombre de physiothérapeutes formés. Un cabinet qui en ouvre un change quelque chose à la pénurie, et c’est souvent invisible. Dites-le dans votre fiche : nous l’indiquons.
Signaler que vous prenez des stagiairesSources
- HES-SO – Bachelor of Science HES-SO en Physiothérapie
- OFSP – FAQ LPSan : diplôme requis pour l’exercice sous propre responsabilité
- HEdS Genève – Physiothérapie
- Physioswiss – La formation continue en physiothérapie
- Physioswiss – Groupes spécialisés de la physiothérapie
- Physioswiss – Pénurie de personnel qualifié (enquête du 3 novembre 2025)